Julia de Funès
Dans l’Antiquité, les hommes se situaient par rapport à la place qu’ils occupaient dans l’univers ; au Moyen-Âge, c’est la Religion qui est devenue la norme, puis, au 20e siècle, l’humanisme s’est imposé.
Ensuite, c’est le « moi » qui a pris le dessus comme référence absolue : les livres de développement personnel , pas si « personnel » que cela car s’adressant à tout le monde, se sont alors multipliés dans les rayons des librairies.
Cette « individualisation » se concrétise aussi bien dans la politique (la démocratie), que dans la médecine (médecine esthétique, médecine préventive, médecines douces, médecines parallèle…), le sport (culte du corps), l’éducation (à l’écoute de l’enfant), ou l’entreprise (auto-entrepreneur, développement du télétravail…).
Même le temps est impacté, avec la prédominance de l’immédiateté.
Le « moi » est également exacerbé par les réseaux sociaux où les « connexions multiples n’encouragent pas tant l’attention à l’autre que le souci du « moi » par rapport aux autres » ; c’est ainsi qu’est apparu ce que Julia de Funès appelle le »Narcisse 2.0″, qui « demeure attentif au nombre de like sur les posts, et à la vitrine de lui-même qu’il compose avec soin sur les réseaux sociaux.
L’écran a remplacé la lac, mais Narcisse 2.0 préfère encore et toujours l’image idéale qu’il renvoie de lui-même à la réalité fragile de ce qu’il est.
Cette évolution a donné lieu à une modification de la nature des troubles psychique : la névrose du 19e siècle (liée à un « écart » par rapport à une ,orme extérieure) a été remplacée par la dépression (liée au sentiment de ne pas pouvoir agir) qui a gagné le monde l’entreprise (sous la forme du bore-out, du brown-out et du burn-out) par la dépendance à un objet extérieur (shit, téléphone portable, cigarette, réseaux sociaux; opioïdes, anxiolytiques…) qui vient combler un certain vide intérieur, et par l’ « illusion que tout est possible » prônée par les coachs et ouvrages de développement personnel.
Les coachs sont les successeurs des prêtres et autres « directeurs de conscience » pour s’occuper de notre « moi ».
Leur profil type: la cinquantaine, une reconversion après une vie professionnelle souvent difficile, la frustration de ne pas avoir pu être « psy » (soit par manque de volonté réelle, soit par manque de compétences).
Quant aux formations et certifications qu’ils ont suivies, leur valeur est souvent contestable.
Pour ce qui est des « spécialités », il y en a pléthore sur la marché : conseiller conjugal, conseiller en éducation des enfants (exemple : Super Nany), home stager, coach sportif, conseiller funéraire, coach mental, coach en relooking, coach en esthétique, coach en nutrition, coach en entreprise (dont le Chief Happiness Officer recruté dans certaines sociétés).
Le « développement personnel » (« ensemble hétéroclite de courants de pensée et de méthodes ayant pour objectifs l’amélioration de la connaissance de soi, la valorisation des talents, l’amélioration de la qualité de vie, la réalisation de ses aspirations et de ses rêves ») a vu le jour dès l’Antiquité, avec les Sophistes ; mais c’est surtout au 20e siècle qu’i la pris son essor avec : la méthode Coué, Dale Carnegie, la PNL, puis une foultitude d’ouvrages, à tel point que c’est devenu une « mode littéraire » qui connaît un franc succès.
Cette dernière répond aux besoins d’authenticité, d’autonomie, d’égalitarisme, de retour sur soi (la « concentration narcissique »), d’accès à l’information sans effort (le langage utilisé est simple), de rêve accessible, d’immédiateté, de gestion de soi-même.
Les auteurs d’ouvrages de développement personnel font preuve, dans leurs écrits, d’une empathie exacerbée et exercent une forme de séduction, voire de manipulation, en ayant recours à des promesses qui font rêver le lecteur : devenir maître de soi et de sa vie, « réparer » un manque de courage ou de volonté, développer son potentiel de manière exponentielle.
Tous leurs ouvrages proposent des « recettes » qu’il suffirait de suivre étape par étape.
Ils s’appuient sur la « peur de ne pas être soi-même » et de « ne pas correspondre exactement à l’image renvoyée de soi-même » ; ils nous invitent à « cesser de… », bannir les « il faut… ».
Les coachs font par ailleurs montre d’une incohérence lorsqu’ils conseillent de ne pas tenir compte du regard des autres et, en même temps, de soigner son image…
Beaucoup d’ouvrages de développement personnel sont empreints de mysticisme (« Le mysticisme se fonde sur un croyance qui admet des communications secrètes entre l’homme et la divinité. »). Ils font appels à la croyance des lecteurs.
Le développement personnel fonde la connaissance de soi sur l’introspection, alors que pour les philosophes de l’Antiquité, c’est « en s’ouvrant à l’extérieur que le « moi » véritable advient ».
L’épanouissement personnel serait, selon les coachs et les auteurs de livres de développement personnel, entièrement dépendant de la volonté de l’individu. Et le « moi » serait atteignable rapidement en appliquant quelques recettes simples…
Deux concepts essentiels sont prônés par le développement personnel : la cohérence (ou alignement) et l’attachement au moment présent. Il valorise, d’autre part, le « moi » sous contrôle quels que soient l’environnement, le contexte…
Et quid des « outils » et « kits » en tous genres proposés par le coachs et les auteurs de livres de développement personnel ?
Très prisés pendant un temps, ils sont tombés en désuétude faut d’avoir fiat leurs preuves.
Quant aux techniques comportementales, mises en avant par les chantres du développement personnel, elles prônent la rapidité, alors que, selon Julia de Funès, « nos devrions apprendre à être lents pour devenir forts, car la lenteur permet de ne pas disperser notre énergie à la moindre sollicitation et d’engranger de la puissance. »
Les coachs avec leurs clients et les auteurs d’ouvrages de développement personnel avec leurs lecteurs entretiennent une relation de soumission psychologique.
Julia de Funès propose dans son livre une réflexion intéressante sur certaines dérives du « développement personnel » en faisant le parallèle avec des références aux pensées et principes de certains philosophes.
Ceci rend, à mon sens, le propos assez complexe pour un lecteur/une lectrice qui n’aurait jamais étudié un minimum la philosophie.