Publié dans BD

"Voyage aux îles de la désolation" et "La lune est blanche"

Emmanuel Lepage, avec François pour « La lune est blanche »

Lu en février 2020

Dans « Voyages aux îles de la désolation », cap sur les îles de Crozet, Kerguelen et Amsterdam, à bord du Marion Dufresne.

Impressions, en dessins et photos, sur la vie en communauté et sur les paysages des « îles de la désolation »…

Ce qui est étrange avec le voyage, c’est qu’on ne comprend qu’après – et encore pas toujours – ce qu’on est allé chercher.

Le Marion Dufresne

Dans « La lune est blanche« , c’est en Terre Adélie, en Antarctique, que nous amènent les frères Lepage, toujours via leurs dessins et photos…

« C’est ce qui m’intéresse : quand une photo me dit des choses de moi que je ne sais pas, que je ne formule pas. Quand je sors une image qui vient de loin, de l’intérieur. »

A l’approche de l’Antarctique, le bateau est entouré par la glace, ne pouvant qu’attendre que « le pack », comme on l’appelle, devienne moins dense.

L’imprévu, l’attente, l’impossibilité de projeter à long terme, les changements permanents… telle semble être la loi de l’Antarctique.

L’Antarctique : un lieu profondément hostile où l’homme ne survit que par une logistique implacable, une capacité inouïe à s’adapter et où le moindre écart peut conduire à la tragédie.

J'ai énormément apprécié ces deux ouvrages...
La qualité des illustrations est exceptionnelle !

Publié dans Récit

"L'arche des Kerguelen"

Jean-Paul Kauffmann

Lu en janvier 2020

Jean-Paul Kauffmann rappelle au début du livre qu’on ne peut accéder à Kerguelen qu’en bateau au début de la Réunion, à bord du Mario-Dufresne (qui dessert les îles australes françaises 2 ou 3 fois par an).

L’ennui sur un navire ne ressemble à nul autre. C’est une lassitude vaguement exaltée où se rejoignent des sensations contraires dans la même monotonie.

Le récit alterne les impressions de Kauffmann sur l’île et des évocations de faits historiques…

Ainsi déxrit-il l’ancre du Marion-Dufresne : « Enfermée dans les entrailles du navire, on l’en extrait comme un supplicié pour l’exhiber à la sauvette et la précipiter dans l’obscurité des abysses.« 

Plus loin, il évoque Henry Bossière, à qui la France avait concédé les Kerguelen à la fin du 19e siècle et qui y a débarqué quelques années après, accompagné de son frère, avec l’idée d’y installer des moutons ainsi qu’une industrie baleinière et phoquetière.
Mais c’était sans compter sur le scandale qu’allait provoquer la tentative de mise en place par son frère d’une pêcherie et d’une petite industrie liée aux langoustines sur une autre île australe : il y avait fait venir des Bretons mais ceux-ci ont été oubliés… jusqu’à ce que l’île soit reprise par un banque.
Henry Bossière avait eu connaissance de l’intérêt de l’Australe (sous domination anglaise) pour ces îles et en avait averti les autorités françaises compétentes, pour qui ces îles étaient tombées dans l’oubli. Pourtant, grâce à elles, comme le rappelle Jean-Paul Kauffmann, la France est au 3e rang pour la « zone économique exclusive »…

A la fin du 19e siècle, un membre de la Société de Géographie avait eu l’idée d’établir un bagne aux Kerguelen, son éloignement rendant impossible toute tentative d’évasion ; sa proposition est restée sans suite…

Alors qu’il passe une nuit dans une grotte, Jean-Paul Kauffmann évoque des bruits qui, pour lui, « sortent de la terre et non pas du dehors » et lui apparaissent comme « une sortie de récréation oppressante, un ressac qui renvoie par onde le silence. »

Il fait ensuite largement référence au livre « Aventures aux Kerguelen », écrit par Raymond Rallier du Baty, qui y a débarqué au tout début du 20e siècle.

Il rappelle comment M. Kerguelen est tombé par hasard sur cette île qui portera son nom et lui vaudra un procès. Il mentionne également Cook, qui a nommé Port Christmas, la plage sur laquelle il a débarqué, et qui a été le premier à mentionner véritablement l’arche des Kerguelen. C’est également lui qui a nommé les îles « îles de la désolation » en raison de la « stérilité » qu’il y avait observé. Mais, à la fin du 19e siècle, le nom de Kerguelen a prévalu, même si les baleiniers anglais et américains continuaient à parler des « îles de la désolation ».

« Alors que le français louvoie péniblement autour de l’archipel avec ses deux lourds bateaux, l’Anglais effleure la côte et fait négligemment un ou deux tours à terre. » écrit Jean-Paul Kauffman

Il faut dire que Kerguelen avait subi une météo défavorable, alors que Cook avait eu la chance d’arriver sur le site par beau temps…


Vocabulaire :
Altérer (littéraire) = donner soif
Aérolithe = classe particulière de météorite
Atermoyer = différer de délai en délai, pour gagner du temps
Erysipèle = infection cutanée contagieuse, qui touche surtout les jambes et qui se soigne avec des antibiotiques
Friselis = léger mouvement, souvent accompagné d'un bruissement
Hobereau = gentilhomme campagnard
Insecte aptère = insecte qui n'a pas d'ailes (aux Kerguelen les mouches d'origine n'ont pas d'ailes car elles sont adaptée à un environnement battu par les vents)
Louvoyer = prendre des détours pour atteindre une but
Palimpseste = parchemin dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau
Zeppelin = ballon dirigeable rigide
Publié dans Non classé

"Marcher à Kerguelen"

François Garde

Lu en janvier 2020

Un environnement hostile…

La traversée de l’île du Nord au Sud n’avait été réalisée qu’une seule fois auparavant, par Isabelle Austissier, en 1999.

L’auteur est accompagné par :
– Bertrand, qui a commandé plusieurs navires de surveillance des pêches autour de Kerguelen ;
– Mika, qui a effectué plusieurs séjours à Kerguelen ;
– Fred, patron de l’unité médicale de haute montagne de Chamonix.

Chacun des marcheurs a une expertise particulière : « Mika connaît les secrets de la naissance des montagnes et des caprices des glaciers ; Bertrand ceux de la danse des vents, des nuages et de la pluie ; Fred ceux du corps human et de ses misères. »

Quant à l’objectif leur marche, l’auteur l’explique ainsi : « Notre périple est modestement inutile. Nous ne servons aucun but, aucune cause. Nous ne défendons aucun engagement et ne revendiquons aucune protection. Nous trouvons notre bonheur dans la marche, non dans la démarche. »

Baptiser [les lieux], c’est arracher au néant ; donner à voir à ceux qui sont loin ; féconder l’imaginaire.

Le nuancier de Kerguelen est assez pauvre. Les lumières qui peinent à percer l’amoncellement de nuages semblent toujours rasantes, même en pleine journée, et déclinent dès le début d’après-midi. Taches jaune pale des mousses, vert pâle des coussins d’azorelle, vert plus sombre des étendues d’acanea, taches brunes, grises et noires du sable et des rochers. Toutes ces teintes sont affadies, comme un tissu trop souvent lavé et qui a perdu son éclat. Ce camaïeu terne est relevé par le blanc d’un lichen, le presque rose d’un bloc erratique. Le bleu se réfugie dans la mer ou le ciel, mais la mer reste d’un bleu sombre, menaçant. Seul le ciel octroie parfois des éclats d’un bleu innocent, soutenu, généreux – toujours provisoire et prompt à se voiler. Le rouge n’existe pas – sauf la cabane.

Lecture apaisante, que je conseille pour les périodes de stress.


Vocabulaire :
Animalcule = animal minuscule.
Castramention = Dans la mythologie grecques, les Danaïdes ont été condamnées à remplir éternellement des jarres percées :  l’expression du « tonneau des Danaïdes » désigne une tâche absurde, sans fin ou impossible.
Exondé = émerger, se découvrir en parlant d'un lieu précédemment inondé.
Haret = animal domestiqué retourné à l'état sauvage.
Hypogée = tombe souterraine.
Navire drossé sur les rochers = navire qui a été détourné de sa route et s'est échoué sur les rochers.
Orant = personnage représenté dans une attitude de prière.
Provende = mélange alimentaire destiné aux animaux d'élevage.
Souille = lieu bourbeux où les sangliers aiment se vautrer.
Publié dans Essai

« Indignez vous ! »

Stéphane Hessel

Lu en janvier 2019

Stéphane Hessel y fait le rapprochement entre l’indignation, que doivent susciter pour lui certains évènements contemporains de l’écriture du livre (2010), et l’esprit de la Résistance.

L’exaspération est un déni de l’espoir. Elle est compréhensible, ne dirais presque qu’elle est naturelle, je dirais presque qu’elle est naturelle, mais pour autant elle n’est pas acceptable. Parce qu’elle ne permet pas d’obtenir les résultats que peut éventuellement produire l’espérance.

Publié dans Roman

« Le troisième homme »

Graham Greene

Lu en décembre 2019

Vienne (Autriche)… la ville est divisée en quatre zones depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Rollo Martins (qui a aussi un nom de plume : Dexter) y fait son entrée, sur l’invitation d’Harry Lime, qui, entre temps, est décédé ; mais il n’en n’a pas été informé…

Très vite, il apprend de Kurtz que Lime est mort écrasé par une voiture et rencontre l’homme qui a entendu l’accident : Koch. Ce dernier lui indique qu’il a vu trois hommes, en plus du conducteur, sur le Lieu de l’accident, alors que la version officielle fait état de deux hommes.

En son for intérieur Martins pense que Lime a été assassiné et il décide de mener l’enquête…

Il fait alors la connaissance d’Anna, qui a bien connu Lime, puis se rend chez Cooler, témoin de l’accident.

Peu de temps après, Koch est retrouvé mort chez lui…

Quant à Martins, il est conduit à la police pour être interrogé.
Dans un premier temps, il est placé devant un groupe de personnes qui lui parlent de littérature, puis il est amené au colonel Coloway ; c’est alors lui qui devient le narrateur : l’entretien est décrit de son point de vue.
D’ailleurs à chaque fois que Colloway fait partie d’une scène, c’est le je qui est utilisé.

Un jour, Martins avoue à Anna qu’il l’aime… ; et puis, croyant avoir une hallucination, il aperçoit le visage d’Harry Lime !

Plus tard, il se Rend chez Kurtz et lui demande d’informer Harry que, durant les deux prochaines heures, il l’attendra au pied de la grande roue.
Une heure après, Harry se manifeste… et ils montent ensemble dans la grande roue pour discuter.

Finalement, Harry Lime (dont on apprend qu’il est trafiquant de pénicilline, meurt dans les égouts de Vienne, poursuivi par Martins et les hommes de Colloway…

Publié dans Reportage

« L’été dangereux »

Ernest Hemingway

Lu en décembre 2019

L’introduction, rédigée par James A. Michenu est une très instructive initiation au monde de la taureaumachie.

Hemingway relate ses pérégrinations en Espagne, dans les années 1950, sur les traces des corridas où officie son ami torero Antonio Ordonez.

N’importe qui peut affronter la mort mais se consacrer à l’amener aussi près que possible tout en effectuant certains mouvements classiques et le faire encore et toujours avant de l’administrer soi-même avec une épée à un animal pesant une demi-tonne et que l’on aime est plus compliqué que de seulement affronter la mort. C’est affronter sa propre prestation d’artiste et de créateur chaque jour et la nécessité d’agir en tueur adroit.