Auteur : Fabienne Paoli
Jean-Jacques Rousseau lecteur…
Lecture quand tu nous tiens…
« L’hôtel New Hampshire »
John Irving
Lu en mars-avril 2020 durant le confinement lié au COVID-19.
Un univers étrange…
Une famille avec 3 puis 5 enfants, dont le troisième, John, est le narrateur…
Un ours, au début du récit, qui avait été acquis par le père, Win, auprès de Freud, un dresseur d’ours itinérant…
Un chien Sorroww, qui, une fois mort, sera empaillé par Franck…
Des aventures parfois rocambolesques tout au long du séjour de la famille dans 3 hôtels différents (qu’ils appelleront tous « Hôtel New Hampshire ») : le premier est un ancien collège de jeune fille, dans leur ville natale, aux Etas-Unis ; le deuxième, un hôtel miteux, à Vienne (Autriche) ; le troisième, aux Etats-Unis, celui où les parents se sont rencontrés.
Chacun des 5 enfants a une particularité :
– Franck, l’aîné, est homosexuel et le souffre-douleur de Franny et John, ainsi que de son collège.
– Fanny, l’aînée des filles, a un personnalité affirmée et a des relations « amoureuses » avec John.
– John, le troisième enfant, est le narrateur.
– Lilly est naine.
– Egg est sourd.
Quelques temps après leur installation dans le premier hôtel New Hampshire (aux Etats-Unis), toute la famille se met à apprendre l’allemand en vue d’aller s’installer à Vienne, pour y tenir un hôtel.
Un jour, Win, le père, quitte Boston pour Vienne avec 4 des enfants, sa femme et Egg devant les rejoindre le lendemain… Mais l’avion de ses derniers s’écrase en vl et il n’y a aucun survivant.
A leur arrivée à l’hôtel à Vienne, où les attend leur ami Freud, Win et les 4 enfants découvrent que celui-ci a une ourse… qui parle ! Celle-ci se révèlera être en fait une femme dont le visage a été très abîmé par l’acné…
Lorsque Win et les enfants prennent possession de l’hôtel, ses occupants réguliers sont des prostituées et des extrémistes. Ils apprennent un jour que ces derniers vont faire exploser l’Opérateur proche et tentent de prévenir discrètement les prostituées.
Lors de l’explosion, Win perd la vue… Toute la famille retourne alors que Etats-Unis et s’installe à New York, où les rejoint Susie, « l’ourse ».
Un jour, la petite famille, aidée de Susie et de ses amies actrices, décide de monter une scène pour venger le viol de Franny en utilisant un scénario écrit par Lilly (devenue écrivain) : Chipper Dove est pris au piège et retourne à sa « firme » tout retourné…
Lilly connaît la célébrité lorsqu’un film est tiré de son premier roman « La volonté de grandir » ; par contre, son deuxième ouvrage « Le crépuscule de l’esprit » est invectivé par la critique.
Et un jour elle fait le grand saut depuis le 14e étage du Stanhope, où elle occupe une vaste chambre, après avoir laissé un message sur le répondeur de sont frère Franck (son agent) : celui-ci se précipite chez sa soeur et trouver un mot « Trop petite, voilà tout »…
Franny, quant à elle, est devenue une actrice célèbre et se met en ménage avec Junior Jones (qui l’avait sauvée de ses violeurs). Un jour elle et lui proposent à Franck de « lui faire un enfant » car ils savent qu’il en a un ardent désir alors que Suzie, avec qui il vit dans le 3e hôtel New Hampshire, ne veut pas être enceinte.
Le livre est difficile à résumer : il semble qu’il y a plusieurs histoires en une.
On y trouve également de nombreuses références à Gatsby la Magnifique.
D’autre part, les points communs sont nombreux avec « Le monde selon garp » :
– la mention d’une école : dans « Le monde selon Garp », Steering School ; ici, Dairy School.
– la référence à un sport : la lutte dans « Le monde selon Garp » ; le foot dans « L’hôtel New Hampshire ».
– le viol, dont Franny est victime (par un caïd de Dairy School et deux de ses acolytes).
Lecture, âme et ami…
« Cela s’appelle la lecture. C’est la façon dont les gens installent un nouveau logiciel dans leur cerveau. »
"Le monde selon Garp"
John Irving
Lu en février-mars 2020
Au début de la deuxième guerre mondiale, on rapatrie à l’hôpital Mercy de Boston, où travaille Jenny Fields, un soldat mitrailleur complètement « égaré », qui a sans doute été victime d’une explosion, dont les éclats ont pénétré son crâne. Il ne parle pas et ne fait que répéter « Garp »…
Mais il a une particularité : de nombreuses érections, et petit à petit il régresse, pour revenir au stade de bébé, tant et si bien que Jenny décide de lui donner le sein…
Et puis un jour, mue par son désir d’enfant, elle décide de profiter de l’une de ses érections… Peu après, Garp meurt.
Jenny, enceinte, perd son travail et va vivre chez ses parents. Lorsque son fils vient au monde, n’ayant pas réfléchit à un prénom, elle décide de l’appeler Garp.
Elle finit par retrouver un emploi d’infirmière dans une école, Steering School, où Garp va grandir puis, l’âge requis atteint, entrera en tant qu’élève. Et Jenny testera les cours auxquels Gap va assister. Elle l’inscrit en outre de force au sport et si, dans un premier temps, il ne semble pas enthousiaste envers cette discipline, il s’y montrera assez doué, avec un intérêt particulier pour la lutte.
Un jour, suite à une discussion avec Helen, la fille de son entraîneur de lutte, Garp décide de devenir écrivain et commence à écrire des nouvelles.
Une partie de l’adolescence, écrivit-il à Helen, réside dans ce sentiment qu’il n’existe nulle part personne qui vous ressemble assez pour pouvoir vous comprendre.
Garp et Helen finissent par se marier et ont un enfant, Duncan.
Garp se lance dans l’écriture, mais n’obtient pas le succès escompté. Sa mère, par contre, devient « célèbre » grâce à son livre « Sexuellement coupable », mais aussi du fait de son soutien aux mouvements féministes, et notamment aux « Ellen jamesiennes », des femmes qui se sont coupées la langue en hommage à Ellen James, une jeune fille de 11 ans qui a été violée et dont la langue a été coupée par ses agresseurs pour ne pas qu’elle parle. [Nota : Toute l’histoire autour d’Ellen James est totalement fictive.]
C’est Jenny qui, grâce à ses revenus, entretient Garp et sa femme au début de leur mariage. Puis Garp commence à gagner un peu d’argent grâce à la publication de son roman « Procrastination » et Helen devient enseignante dans un »College »…
Quelques temps après, Garp et Helen ont un deuxième enfant, Walt ; à la même période, Garp se lance dans l’écriture d’un deuxième livre « Le second souffle du coucou » et Helen change de poste (le deuxième de sa carrière).
Un jour Jenny accueille chez elle Roberta, une transsexuelle, ancien joueur de foot, que Garp apprécie beaucoup.
Horace Walpole a affirmé un jour que le monde paraît comique à ceux qui pensent, et tragique à ceux qui sentent.
Après avoir terminé son deuxième livre, Garp ressent le besoin d’aller travailler, mais Helen n’y est pas favorable : pour elle Garp est écrivain.. D’ailleurs, il va publier un troisième roman, « L’éternel mari ».
Garp se montre très inspiré pour raconter des histoires, qu’il invente au fur et à mesure, à son plus jeune fils, Walt : il les adapte en fonction des réactions de ce dernier à son récit.
Une nuit, alors que son fils dors chez son copain Ralph, Garp, qui a des doutes concernant l’état de la mère de ce dernier, décide de se rendre sur place.. et trouve l’opulente femme au lit avec un jeune homme, alors que les deux garçons dorment en bas dans le salon et que la cuisine est jonchée de vaisselle salle.
Plus tard, Helen devient la maîtresse de l’un de ses étudiants et cette aventure se termine par un accident dramatique pour son fils Duncan, qui perd un oeil, et pour Garp, qui a la mâchoire cassée. Et Walt, on le comprend plus tard, est décédé dans l’accident..
Toute la famille se réfugie alors chez Jenny, la mère de Garp, qui joue le rôle d’infirmière pour les différents blessés. Leur convalescence durera un an. Pendant cette période, Garp écrit un nouveau roman « Le monde selon Bensenhauer », sur le thème du viol, dont John Irving donne un long extrait (qui tient tout un chapitre). Celui-ci connaîtra un vif succès.
Garp, Helen et Duncan se rendent à Vienne, où ils s’installent dans une pension. C’est là que Garp apprend que sa mère a été tuée par un homme qui voyait d’un mauvais oeil son engagement féministe.
Plus tard, Ellen James s’installe chez Garp et se désolidarise totalement de cells qui se font appeler les Ellenjamesiennnes ».
Garp, qui a écrit un poème (non publié) sur le sujet décrit les préservatifs comme « cette invention de l’homme pour épargner aux autres, et à lui-même, les conséquences de sa concupiscence ».
Un épilogue, sous couvert de boucler le passé, est en réalité une façon de nous mettre en garde contre l’avenir. »
Un jour, alors qu’il est dans le gymnase de Steering School en train de coacher les lutteurs, Garp est assassiné par Pooh Percy (récemment devenue Ellenjamesienne en se faisant couper la langue) au cri de « alauds de voleurs ! » (salauds de violeurs), sous les yeux de sa femme, qui assistait à l’entraînement…
A partir de la page 615, l’auteur évoque ce que deviennent les différents protagonistes après la mort de Garp, et jusqu’à leur propre mort.
Vocabulaire :
Blennorragie = infection vénérienne surnommée "chaude pisse"
Inepte = stupide, ridicule, sot...
Voussure = courbure d'une voûte ou d'une arcade ou d'une chose dont la forme rappelle celle d'une voûte
Lire, c’est partir…
« Voyage aux îles de la désolation » et « La lune est blanche »
Emmanuel Lepage, avec François pour « La lune est blanche »
Lu en février 2020
Dans « Voyages aux îles de la désolation », cap sur les îles de Crozet, Kerguelen et Amsterdam, à bord du Marion Dufresne.
Impressions, en dessins et photos, sur la vie en communauté et sur les paysages des « îles de la désolation »…
Ce qui est étrange avec le voyage, c’est qu’on ne comprend qu’après – et encore pas toujours – ce qu’on est allé chercher.

Dans « La lune est blanche« , c’est en Terre Adélie, en Antarctique, que nous amènent les frères Lepage, toujours via leurs dessins et photos…
« C’est ce qui m’intéresse : quand une photo me dit des choses de moi que je ne sais pas, que je ne formule pas. Quand je sors une image qui vient de loin, de l’intérieur. »
A l’approche de l’Antarctique, le bateau est entouré par la glace, ne pouvant qu’attendre que « le pack », comme on l’appelle, devienne moins dense.
L’imprévu, l’attente, l’impossibilité de projeter à long terme, les changements permanents… telle semble être la loi de l’Antarctique.
L’Antarctique : un lieu profondément hostile où l’homme ne survit que par une logistique implacable, une capacité inouïe à s’adapter et où le moindre écart peut conduire à la tragédie.
J'ai énormément apprécié ces deux ouvrages... La qualité des illustrations est exceptionnelle !
« L’arche des Kerguelen »
Jean-Paul Kauffmann
Lu en janvier 2020
Jean-Paul Kauffmann rappelle au début du livre qu’on ne peut accéder à Kerguelen qu’en bateau au début de la Réunion, à bord du Mario-Dufresne (qui dessert les îles australes françaises 2 ou 3 fois par an).
L’ennui sur un navire ne ressemble à nul autre. C’est une lassitude vaguement exaltée où se rejoignent des sensations contraires dans la même monotonie.
Le récit alterne les impressions de Kauffmann sur l’île et des évocations de faits historiques…
Ainsi déxrit-il l’ancre du Marion-Dufresne : « Enfermée dans les entrailles du navire, on l’en extrait comme un supplicié pour l’exhiber à la sauvette et la précipiter dans l’obscurité des abysses.«
Plus loin, il évoque Henry Bossière, à qui la France avait concédé les Kerguelen à la fin du 19e siècle et qui y a débarqué quelques années après, accompagné de son frère, avec l’idée d’y installer des moutons ainsi qu’une industrie baleinière et phoquetière.
Mais c’était sans compter sur le scandale qu’allait provoquer la tentative de mise en place par son frère d’une pêcherie et d’une petite industrie liée aux langoustines sur une autre île australe : il y avait fait venir des Bretons mais ceux-ci ont été oubliés… jusqu’à ce que l’île soit reprise par un banque.
Henry Bossière avait eu connaissance de l’intérêt de l’Australe (sous domination anglaise) pour ces îles et en avait averti les autorités françaises compétentes, pour qui ces îles étaient tombées dans l’oubli. Pourtant, grâce à elles, comme le rappelle Jean-Paul Kauffmann, la France est au 3e rang pour la « zone économique exclusive »…
A la fin du 19e siècle, un membre de la Société de Géographie avait eu l’idée d’établir un bagne aux Kerguelen, son éloignement rendant impossible toute tentative d’évasion ; sa proposition est restée sans suite…
Alors qu’il passe une nuit dans une grotte, Jean-Paul Kauffmann évoque des bruits qui, pour lui, « sortent de la terre et non pas du dehors » et lui apparaissent comme « une sortie de récréation oppressante, un ressac qui renvoie par onde le silence. »
Il fait ensuite largement référence au livre « Aventures aux Kerguelen », écrit par Raymond Rallier du Baty, qui y a débarqué au tout début du 20e siècle.
Il rappelle comment M. Kerguelen est tombé par hasard sur cette île qui portera son nom et lui vaudra un procès. Il mentionne également Cook, qui a nommé Port Christmas, la plage sur laquelle il a débarqué, et qui a été le premier à mentionner véritablement l’arche des Kerguelen. C’est également lui qui a nommé les îles « îles de la désolation » en raison de la « stérilité » qu’il y avait observé. Mais, à la fin du 19e siècle, le nom de Kerguelen a prévalu, même si les baleiniers anglais et américains continuaient à parler des « îles de la désolation ».
« Alors que le français louvoie péniblement autour de l’archipel avec ses deux lourds bateaux, l’Anglais effleure la côte et fait négligemment un ou deux tours à terre. » écrit Jean-Paul Kauffman
Il faut dire que Kerguelen avait subi une météo défavorable, alors que Cook avait eu la chance d’arriver sur le site par beau temps…
Vocabulaire :
Altérer (littéraire) = donner soif
Aérolithe = classe particulière de météorite
Atermoyer = différer de délai en délai, pour gagner du temps
Erysipèle = infection cutanée contagieuse, qui touche surtout les jambes et qui se soigne avec des antibiotiques
Friselis = léger mouvement, souvent accompagné d'un bruissement
Hobereau = gentilhomme campagnard
Insecte aptère = insecte qui n'a pas d'ailes (aux Kerguelen les mouches d'origine n'ont pas d'ailes car elles sont adaptée à un environnement battu par les vents)
Louvoyer = prendre des détours pour atteindre une but
Palimpseste = parchemin dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau
Zeppelin = ballon dirigeable rigide
